La start-up a bouclé un tour de table de 11,2 millions d’euros. Elle compte 25 millions d’utilisateurs, dont une large majorité sont issus de la génération Z.

C’est le fantasme de bien des entreprises. La start-up Yubo est parvenue à capter la génération Z, avec son réseau social basé sur les interactions en direct. Sur ses 25 millions d’utilisateurs inscrits, 80 % ont entre 15 et 20 ans. « C’est une génération qui a un sentiment de solitude important, indique le cofondateur de la start-up Sacha LazimiUne génération qui a des milliers de followers avec qui elle échange des ‘like’ – mais il n’y a rien de social là-dedans, ce sont des contenus tournés autour de la performance. » C’est en prenant le contre-pied cette dynamique, et en imaginant une application qui permettrait de « se créer des communautés d’amis en rejoignant des groupes en direct, comme quand on entre dans un festival », que Yubo a trouvé la formule magique.

Levée de 11,2 millions d’euros

La start-up annonce ce jeudi avoir bouclé un tour de table de 11,2 millions d’euros, auprès d’Iris Capital, Idinvest Partners, Alven (son investisseur historique), Sweet Capital et Village Global. Cette levée porte le financement total de la start-up à 19 millions d’euros. Alors qu’elle a commencé cette année la monétisation de son application lancée en 2015, Yubo indique être sur le point de boucler l’exercice en cours avec un chiffre d’affaires avoisinant les 10 millions de dollars.Lire aussi :Yubo, le réseau social vidéo français qui cartonne à l’étranger

Si la start-up donne ce chiffre en dollars, c’est qu’une grosse partie de ses revenus proviennent des Etats-Unis. Le pays représente 40 % des utilisateurs de l’application, contre 10 % pour le Canada, puis 20 % pour le Royaume-Uni et 20 % pour les pays scandinaves. Les fondateurs de Yubo, qui ont passé toute leur carrière à créer des applications destinées aux consommateurs, ont choisi de lancer leur application en anglais, afin d’atteindre rapidement une taille de marché critique. « La majorité des applications B to C viennent aujourd’hui des Etats-Unis, mais l’Europe a les moyens de produire des licornes, surtout avec une équipe expérimentée comme celle de Yubo, qui a su créer quelque chose de différent », indique Christian Dörffer, PDG de Sweet Capital – le fonds des fondateurs de King.com, à l’origine de Candy Crush. Il s’agit du premier investissement en France de la part de ce fonds spécialisé dans les applications B to C.

Monétisé depuis un an

L’investisseur a notamment été conquis par le modèle de monétisation de Yubo, semblable à celui de Candy Crush. « Il s’agit d’un modèle freemium, explique Sacha Lazimi. On peut s’abonner pour avoir accès à certaines fonctionnalités, ou acheter d’autres fonctionnalités à l’unité. » Yubo a fait le choix de ne pas mettre de publicité sur son application et de ne pas monétiser les données de ses utilisateurs. « La génération Z est très sensible à la question des données. Ce modèle où ce sont les utilisateurs qui paient est beaucoup plus sain pour tout le monde », assure le fondateur de l’entreprise.Lire aussi :Zenly, l’app made in France qui affole les investisseurs

Alors que  Snap a racheté l’application française Zenly , Yubo indique ne pas avoir été approchée par de gros réseaux sociaux américains. Le risque, pour une application telle que celle-ci, serait que Facebook, en mal d’une audience jeune, copie ses fonctionnalités et les intègre sur l’une de ses applications, comme Instagram avait procédé avec les stories de Snapchat. « Nous avons tous peur que l’un des ‘gros’ vienne sur nos plates-bandes, indique Gil Doukhan, principal chez Iris Capital. Mais on n’est pas du tout basé sur le même mécanisme que Facebook, où l’on va pour retrouver ses amis. Yubo se base sur le fait de trouver de nouveaux amis, c’est un univers totalement différent. »

La start-up espère aujourd’hui devenir « un des premiers leaders européens dans les applications sociales ». Ses équipes se concentrent sur l’augmentation de sa base d’utilisateurs actifs, qu’elles aimeraient voir passer de 1 à 10 millions de personnes, ainsi que sur le développement de nouvelles fonctionnalités, comme le partage d’écran, qui permettra à leurs communautés de regarder des vidéos ensemble, à distance.Danger autour de la sécurité Si la génération Z est sans aucun doute la principale force de l’application, elle pourrait également se transformer en talon d’Achille. Lorsque l’on traite avec des adolescents, on traite également avec tous les dangers auxquels ils sont exposés en ligne, et il s’agit de ne pas en devenir un vecteur. Ces derniers mois, Yubo a été mis en question sur ce sujet par plusieurs médias américains et français, qui ont recueilli des témoignages de jeunes ayant été victimes de harcèlement via l’application. Une mauvaise presse qui se base sur des échantillons minuscules, revendique Sacha Lazimi. « Nous combattons ces problèmes tous les jours », assure-t-il. Parmi les mesures mises en place, un « safety board » composé d’experts, comme des psychologues, qui aide la start-up à mettre des outils de modération en place ; des algorithmes qui détectent, en direct, la violence, les drogues ou la nudité (interdite sur l’application) ; et, surtout, des contrôles d’identité. Car, plus encore que la mauvaise réputation, c’est au cataclysme du déréférencement de l’Apple Store que s’exposent les applications qui ne protègent pas la sécurité des mineurs. S’exprimant sur ce sujet, Apple a indiqué dans une déclaration que dans le cas d’applications inappropriées, « une chance est donnée aux développeurs de s’aligner sur les règles, sans quoi, l’application est ôtée du catalogue de l’App Store ». Mais pour Gil Doukhan, qui a suivi l’investissement chez Iris Capital, Yubo a mis en place tout ce qui était nécessaire pour s’en protéger. « Ils sont en lien avec les associations et les organes de protection de l’enfance, c’est ce qui est important », indique-t-il.

Deborah Loye – Les Echos Entrepreneurs