Le Campus de l’Innovation Touristique a consacré un atelier à l’empreinte écologique des outils numériques, et aux bonnes pratiques à mettre en œuvre.

Lors de son atelier au CIT, Florence Rodhain, chercheuse en systèmes informatiques à Polytech de Montpellier, a enfoncé le clou. Auteure du livre « La nouvelle religion du numérique : le numérique est-il écologique ? », elle a démonté les mythes qui accompagnent les technologies. Aux questions : grâce au numérique, consomme-t-on moins de papier, moins de déplacements, moins de matière, la réponse est non. « La consommation du papier augmente plus vite que celle du PIB. Le papier vient en substitution des outils numériques », dit-elle. « Pour ce qui est des transports, on constate une corrélation directe entre leur essor et la progression des télécommunications. L’humain aime se retrouver. Seule, la visioconférence remplace les déplacements, mais elle occupe une place minime ».

Selon elle, « en 2025, le numérique va polluer trois fois plus que l’aviation ! Aucun signe ne démontre actuellement que cela va diminuer ». En cause : la grande consommation électrique nécessaire aux data centers et autres clouds, le non-recyclage des déchets polluants (cadmium, plomb, etc) utilisés pour fabriquer des téléphones portables, l’obsolescence programmée des outils numériques quotidiens, etc. « La pratique la plus polluante est de regarder une vidéo en ligne, estime-t-elle. Cela consomme beaucoup d’électricité et de gaz carbonique, via les data centers. »  Mais elle reconnaît qu’il est difficile pour les entreprises, surtout dans le secteur du tourisme, de mettre en ligne des vidéos ou des photos en basse définition, donc de moins bonne qualité, moins gourmandes en énergie.

« Tourisme garanti sans wifi »

Pour autant, elle anticipe que la demande des vacanciers pour des « zones blanches », sans accès au réseau, va aller en s’accentuant. « Le tourisme garanti sans wifi va exploser dans 5 à 10 ans ! « , lâche-t-elle.  » Cela va vraiment permettre de lâcher prise et de se reconnecter à la nature « .

Une série de bonnes pratiques a été évoquée pour « devenir ambassadeur de la sobriété numérique », que ce soit individuellement ou en entreprise : utiliser des moteurs de recherche comme Ecosia ou Lilo qui compensent leur activité via des projets environnementaux, s’adresser à Green Concept qui aide à éco-concevoir des sites ou des logiciels, consulter l’Ademe (Agence de l’environnement de de la maîtrise de l’énergie) pour ses fiches pratiques… Le projet Nega Octet, subventionné par l’Ademe, est spécialement dédié aux entreprises qui veulent passer à l’éco-conception de leurs services numériques. Il y a encore de grandes marges de progression…

Catalina Cueto – L’Echo touristique