L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy était la guest star du congrès Selectour en Israël. Extraits choisis de ses propos, en plénière.

Comme en 2017 à Lyon, Nicolas Sarkozy a répondu à plusieurs questions des animateurs et des participants présents au congrès Selectour. L’ancien président de la République en a profité pour glisser quelques pics et notes d’humour. Extraits choisis.

Vous êtes président du Comité stratégie internationale d’Accor et vous êtes entré cette année au conseil d’administration du groupe Barrière. Depuis que vous occupez ces fonctions, votre vision du voyage et du tourisme a-t-elle évolué ?

Nicolas Sarkozy : Une chose n’a pas évolué, mon amitié pour Laurent Abitbol. Je suis heureux d’être avec les professionnels du tourisme. Votre poids économique n’est pas assez reconnu. (…) Dans les faits, on a beaucoup en commun. J’ai changé de vie, je suis maintenant dans les entreprises. C’est un challenge formidable pour moi. Je tenais beaucoup à montrer qu’un responsable politique, un ancien chef de l’Etat, était capable de réinventer une vie dans le privé et dans l’entreprise. J’ai quand même plaisir à vous dire que j’ai été réélu au conseil d’administration d’Accor avec un score raisonnable… 99,78%. (…) Cela m’a montré l’entreprise de l’intérieur. Donc, ce n’est pas simplement ma vision de l’hospitalité qui a changé, c’est ma vision de l’entreprise. C’est très important pour l’avenir, qu’il y ait des allers-retours entre le public et le privé. (…) J’ai le sentiment d’ouvrir une voie.

Faut-il réinventer l’idéal démocratique ?

Nicolas Sarkozy : Est-on encore en démocratie ? Nous sommes devenus un régime où tout le monde a le droit d’empêcher de faire, et où plus personne ne peut faire. La démocratie, n’est pas un régime d’empêchement. (Le président turc) Erdogan fait le plus grand aéroport du monde en quatre ans. Berlin : dix ans de report sur l’inauguration de l’aéroport. Nous, nous mettons quarante ans pour décider de ne pas faire Notre-Dame-des-Landes. Ce que nous appelons la démocratie a infiniment besoin d’être réinventé. La démocratie c’est la verticalité, les réseaux sociaux c’est l’horizontalité. Je suis à fond pour la verticalité et à fond contre l’horizontalité. Je crois au leadership et aux leaders. Et moi, je ne vais pas voir un groupe de citoyens tirés au sort pour leur demander leur avis. Cela ne fait pas envie, cela fait même peur. Jamais nous n’avons eu a autant besoin de leadership – pas seulement politique -, et jamais le leadership n’a été aussi vilipendé. Une entreprise domine son marché, (et on la traite de) voleur.

Comment gère-t-on des décisions dures à prendre ?

Nicolas Sarkozy : Le plus difficile dans la prise de décision, c’est le choix et le filtre des informations qui rentrent dans votre bureau. (…) En tant que président de la République, on est seul du jour au lendemain. Cela fait drôle. Ce n’est pas désagréable… Mais ça pèse.

Quels sont vos endroits préférés en France, à travers l’Europe et le monde ?

Nicolas Sarkozy : J’aime la Méditerranée, je le confesse, je l’avoue. Je connais toutes les mers du monde. Toute ma vie, j’ai voyagé. La Méditerranée, c’est tout. C’est le début et la fin. C’est là où le monde réussira la paix ou s’entrechoquera. C’est un paysage extraordinaire avec une culture séculaire. Les Caraïbes, c’est fantastique, mais bon, une fois que vous avez fait le tour des coco-fesses… (…) Je pourrais vivre dans tous les pays qui bordent la Méditerranée. (…) En France, le Mont Saint-Michel est pour moi comme un miracle. Pour séjourner, si ce n’était pas la France, l’Italie et l’Espagne viendraient très rapidement devant, puis la Grèce. J’ai aussi une passion pour le Maroc. La Syrie, avant d’être embarquée dans cette folie, était un pays extraordinaire. Il y a tellement de beaux endroits dans le monde. Cela vaut le coup d’aller voir Abu Dhabi, ses musées, son architecture extraordinaire. Dans deux ans, sur une île, il y aura une immense mosquée, à côté d’une immense église, à côté d’une immense synagogue. (…) J’aime aussi beaucoup Petra et l’Afrique. Demander quelles destinations vous préférez, c’est comme demander à quelqu’un, « si vous étiez sur une île, quelle livre emporteriez-vous ? » Moi je réponds la bibliothèque.

La lutte contre le réchauffement climatique s’est imposée comme un sujet de préoccupation majeur des Français. Accordez-vous aux scientifiques votre confiance quand ils nous alertent sur l’urgence du danger ?

Nicolas Sarkozy : Je crois à la science, et je regrette cette posture moyenâgeuse qui consiste à se méfier de la science. Oui, il faut faire confiance aux scientifiques, quand ils nous alertent sur a réalité du réchauffement climatique, il faut prendre cela au sérieux. Le problème, c’est qu’on passe à côté du plus grand problème de l’humanité, le plus dangereux : l’explosion démographique du monde. Ce n’est pas politiquement correct de dire ça, mais c’est hallucinant de ne pas s’en préoccuper. Quand je suis né, il y avait 2,5 milliards d’habitants sur la planète. Aujourd’hui, la population a été multipliée par trois. Dans 30 ans, on sera 9 milliards. A la fin du siècle, 11 milliards.Toutes les espèces du vivant ont vocation à disparaître. La surpopulation est la première cause de disparition.

Devrons-nous pour sauver la planète renoncer au capitalisme et à l’économie de marché ?

Nicolas Sarkozy : Jamais. Parce que pour vous, le bilan écologique de l’Union soviétique c’était bien. Je ne sais pas si vous avez vu cette série extraordinaire Tchernobyl, je vous la recommande. (…) Le système soviétique, communiste, collectif, a été responsable des plus grands dommages environnementaux sur la planète.

Pourriez-vous dire « I’ll be back » ?

Nicolas Sarkozy : Le fleuve est fidèle à sa source en allant vers la mer. Ce n’est pas moi (qui le dit), c’est de Jaurès. J’ai adoré la politique, elle coule dans mes veines comme mon sang. (…) Moi, j’aurais bien continué pour vous dire… sept ans. Après, j’ai construit cette nouvelle vie et j’en suis heureux. Est-ce qu’on revient ? Je n’y crois pas. Au fond, les seuls qui reviennent à la source, ce sont les saumons. Et après, cela se termine mal. Si le président actuel a besoin que je représente la France, j’estime que mon devoir, c’est d’aider mon pays. Après, la vie réserve des surprises.

Que pensez-vous de la privatisation d’ADP ?

Nicolas Sarkozy : Je ne suis pas un idéologue. La question que je me pose c’est « Est-ce qu’ADP a l’actionnaire qui lui permet de se développer, d’être le plus grand aéroport du monde ? ». Ma réponse : non. Pourquoi ? Parce que l’Etat ne mettra jamais dans ADP l’argent pour que ADP devienne une plate-forme mondiale. La privatisation peut permettre à Aéroport de Paris d’avoir des actionnaires qui vont investir, pour avoir un aéroport à la hauteur de ce qu’on voit dans le monde. On n’est pas obligés de faire huit heures de queue quand on arrive à 6 heures du matin, parce qu’il y a trois guichetiers, deux douaniers, trois policiers. Je pense la même chose (de la privatisation, NDLR) pour les aéroports de Toulouse et Nice. J’en profite pour dire que ce n’est plus possible de continuer avec les gares comme cela à Paris. Quand vous arrivez en Eurostar à 11 heures du soir à la Gare du Nord, vous n’avez pas envie que votre fille, votre femme ou votre collaboratrice soit seule. (…) Je sais que le président France d’Air France est ici (soit Zoran Jelkic, NDLR). J’ai eu le plaisir de venir avec Air France. S’il vous plaît, faites un petit effort sur les fauteuils. Le personnel est merveilleux, mais quand même.

Linda Laîné – L’Echo touristique