Nous vous avons présenté une rapide analyse de la tendance des martketplaces qui se développent en BtoC comme en BtoB, voici une interview d’un acteur de ce domaine pour y voir plus clair sur le sujet. Créée en 2012 par Richard Valter et Matthijs Welle, Mews Systems s’est lancée dans le segment de l’hébergement avec l’ambition de créer un PMS ouvert et basé dans le Cloud pour faciliter les intégrations. En 2019, la solution a convaincu plus de 800 hôteliers situés dans 44 pays et réunit les solutions de 200 partenaires. TOM s’est entretenu avec Nicolas Horvath, Directeur Général France de Mews Systems, une « dizaine de jours » après le lancement de sa Marketplace destinée aux hôteliers.

Pouvez-vous présenter l’activité de Mews ?

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Nicolas Horvath, Directeur Général France de Mews Systems

 Nicolas Horvath : Mews Systems a vu le jour en 2012 sous l’impulsion de Richard Valter, ancien Project Manager pour l’Emblem Hotel de Prague. À l’époque, il souhaitait déjà dématérialiser les processus comme la réception via un check-in autonome sur tablette. Déçu par la réaction d’Opera qui expliquait que l’intégration d’un tel service coûterait entre 30 000€ et 50 000€, Richard Valter a souhaité créer son propre système ouvert au travers d’un PMS basé dans le cloud. L’ambition de Mews Systems est donc de libérer les hôteliers des intégrations contraignantes en prônant l’agilité. Notre PMS réunit actuellement 200 solutions éditées par des partenaires technologiques. Grâce à cette particularité, nous sommes en mesure de nous adresser à une large typologie d’hôteliers.

Vous ciblez donc toutes les catégories d’hôtels ?

L’agilité de notre système fait que chaque hôtelier peut trouver la solution dont il a besoin. Actuellement, notre clientèle va de l’hostel avec Jo&Joe par exemple, en passant par des deux et trois étoiles, mais aussi des hôtels quatre et cinq étoiles. Plus de 800 hôteliers ont recours à notre solution, ce qui nous offre une présence internationale dans 44 pays. La quasi-totalité des PMS a été réfléchie autour des services en chambre avec peu de valeur ajoutée tant au niveau de l’expérience de séjour que pour l’hôtelier.

La solution Mews Systems s’est construite autour des besoins utilisateurs, qu’il s’agisse de l’hôtelier ou du voyageur. Cela passe par l’automatisation des tâches quotidiennes pour replacer l’hôtelier au service du voyageur. Cette particularité a par exemple permis à l’un de nos clients de passer de 7 réceptionnistes fixes à un seul. Les 6 autres collaborateurs sont désormais mobiles et accueillent les clients pour les conseiller.

Pouvez-vous revenir sur le récent lancement de votre offre de Marketplace ?

Nous avons effectivement lancé une offre de Marketplace il y a une dizaine de jours avec 3 de nos partenaires. Le critère de sélection technique était leur capacité à pouvoir activer leur solution chez l’hôtelier en moins d’une demi-heure. Nous avons également sélectionné les solutions proches de l’ADN de Mews. L’approche consistait à nous mettre à la place de nos clients en nous disant « si demain j’ouvre un hôtel, je veux cet outil car il offre une valeur ajoutée énorme ».

À terme, je pense que plus de la moitié de nos 200 partenaires actuels pourront rejoindre notre place de marché. Depuis le lancement, la demande d’intégration est très forte. Toutes les solutions SaaS qui ne demandent pas d’intervention humaine pour du hardware par exemple pourront potentiellement être intégrées.

Crédits : Mews Systems

Quelles sont les raisons qui ont motivé le lancement d’une telle offre ?

L’objectif de ce lancement est d’ouvrir encore plus le circuit, toujours dans la volonté de mieux servir l’hôtelier. Notre PMS intègre une solution de conciergerie pratique pour des petits hôtels. Mais nous considérons la solution de l’un de nos partenaires métiers, Room Checking, appuyée par de l’intelligence artificielle comme la meilleure du marché. Un hôtel qui gère plus de 100 chambres aura donc tout intérêt à choisir cette solution plutôt que la nôtre.

On peut faire la comparaison avec le système d’exploitation d’Apple ou son App Store. Le mobinaute peut y utiliser Apple Maps, mais aussi Waze ou Google Maps pour des besoins plus spécifiques. C’est la même logique qui permet aux hôteliers de travailler avec les meilleurs de la classe et d’en finir avec la contrainte de l’intégration. Grâce au développement du cloud et de systèmes ouverts, l’hôtel peut intégrer une nouvelle solution pour une poignée de sous. Il y a 10 ou 20, la facture aurait été de 6 ou 7 chiffres.

Comment percevez-vous le lancement du Booking App Store ?

Plutôt bien, cela nous conforte dans nos choix de développement. Et bien qu’il soit possible que nous proposions parfois des solutions similaires, nous répondons à des besoins différents. De plus, contrairement à Booking, notre outil est déjà utilisé au quotidien par les hôteliers. Le PMS étant le système nerveux de l’hôtel, notre outil est plus opérationnel. Il y a un côté rassurant pour l’hôtelier car nous sommes déjà intégrés à son établissement.

De manière générale, les marketplaces qui voient le jour dans le BtoB permettent de faciliter l’innovation en mettant en avant les solutions les plus robustes. Jusqu’à présent, certains acteurs comme Oracle tentaient de quadriller, voire de bloquer le secteur au travers de circuits fermés. Ce type de monopole est dangereux pour l’hôtelier qui ne peut pas accéder aux outils dont il a besoin. Après trois ans de développement, nous sommes assez fiers du résultat. La plupart des hôteliers nous voient comme le sauveur qui va enfin rivaliser avec Opera.

Hugo Pellegrin-T.O.M