Au-delà de la vive émotion, les professionnels du tourisme doivent prendre des mesures pour gérer les visiteurs qui devaient découvrir Notre-Dame de Paris dans les prochains jours et penser déjà à des alternatives.

C’est une épreuve – une de plus – pour le tourisme parisien et la destination France. Malgré la sidération provoquée par le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, les professionnels ont dû très vite réagir. Et pour cause : la cathédrale est le monument le plus visité de la capitale, recevant quelques 30 000 visiteurs par jour. Dès hier soir, ParisCityVision a activé une cellule de crise afin de mettre en place dans l’urgence des visites alternatives pour les groupes prévus mardi matin. Le tout dans un contexte très particulier, avec une émotion palpable. “Dans un premier temps, il a fallu gérer l’effroi et la tristesse au sein de nos collaborateurs, explique Florence Beyaert, la présidente du directoire de ParisCityVision. Nos clients sont aussi très choqués par ce qui s’est passé.” L’urgence : proposer des alternatives pour les touristes qui avaient prévu de découvrir Notre-Dame ces prochains jours. Alors que la haute saison commence ce week-end, la fin de semaine sera particulièrement dense. Les visiteurs de ParisCityVision seront orientés vers Saint-Eustache, le Sacré Cœur ou la Sainte-Chapelle. Des questions se posent aussi, tous opérateurs confondus, pour les bateaux de croisière. Mardi matin, le bras de Seine de la Monnaie était fermé, et la navigabilité était impactée pour les promenades sur le fleuve, dont Notre-Dame est l’élément central.

Notre-Dame, 10% des visites de ParisCityVision

Après avoir géré l’urgence, il faudra très vite réfléchir à de nouvelles propositions de visite. “C’est notre rôle, en tant que professionnels du tourisme, de montrer qu’il y a beaucoup d’autres belles choses à voir à Paris.” Mais alors que les visites de Notre-Dame représentent 10% de son volume, soit un million d’euros de chiffres d’affaires, ParisCityVision espère pouvoir compter sur d’autres poids lourds. “Les professionnels du tourisme vont avoir besoin des acteurs publics pour les aider à rebondir, souligne Florence Beyaert. Il va falloir travailler l’attractivité de la France, mais aussi que les monuments de Paris aident à compenser cette perte.” La présidente du directoire de ParisCityVision espère ainsi que le Louvre et la tour Eiffel accepteront d’élargir les allotements consentis aux professionnels du tourisme. “Ces monuments ciblent de plus en plus la clientèle directe, avec une stratégie de plus en plus désintermédiée, explique-t-elle. Ils mettent en place des quotas pour les professionnels du tourisme, mais qui ne sont pas suffisants, notamment sur la haute saison”. Pouvoir disposer de plus d’allotements ferait donc une vraie différence, estime Florence Beyaert.

Une nouvelle période d’incertitude s’ouvre donc pour certains acteurs, même s’il est encore bien trop tôt pour en évaluer les conséquences réelles. Comme l’impact sur l’hôtellerie. Même si les professionnels s’accordent à dire que l’impact ne devrait pas être brutal, soulignant que Notre-Dame n’est pas à elle seule un motif de visite à Paris, à part, peut-être, dans un contexte très particulier de tourisme religieux – certains craignent les effets pervers à plus long terme. “On n’avait pas besoin de ça, pense en tout cas Jean-Virgile Crance, le président du groupement national des chaînes hôtelières. Cela aura forcément une incidence sur l’hébergement hôtelier, parce que c’est l’un des sites touristiques les plus visités en France.” “C’est dramatique : c’est un monument gratuit, l’un des plus visités de la capitale, avec la tour Eiffel, rappelle de son côté René-Marc Chickli, interrogé par l’AFP : Notre-Dame est une étape de la visite… Il va falloir la retirer du programme, se désole-t-il. Avant d’ajouter, lui aussi : “On n’avait vraiment pas besoin de ça”. Après les attentats, les mouvements des Gilets jaunes, Paris et la destination France se trouvent en effet à nouveau confrontés à une situation de crise. Pour l’image de Paris, après l’Arc de Triomphe saccagé par des casseurs pendant les manifestations des Gilets jaunes, ce n’est pas une bonne nouvelle… regrette quant à lui Didier Arino, le directeur général du cabinet Protourisme. Cela ne donne pas l’image d’un pays qui se maîtrise : comment peut-on avoir, en 2019, un monument qui brûle aussi facilement ?”

« Il faut se concentrer sur la suite »

Un fois encore, il  va falloir activer certains leviers pour préserver l’attractivité de la destination. “Il se peut que nous soyons amenés à convoquer un nouveau comité de destination, indique Corinne Menegaux, la directrice générale de l’Office de Tourisme et des Congrès de Paris, dont elle a pris les commandes il y a quelques mois. Mais de toute façon, depuis la mi-novembre (et le début des manifestations des Gilets jaunes, ndlr), nous sommes habitués à nous parler régulièrement…”. Malgré tout, et au-delà de la forte émotion suscitée par cet événement, Corinne Menegaux se veut optimiste. “Je suis évidemment très attristée, parce que Notre-Dame est un monument de notre Histoire, de notre culture, c’est l’âme et la mémoire de Paris. C’est beaucoup d’émotion, mais il faut se concentrer sur la suite.” “J’entendais hier soir un visiteur qui disait qu’en France, nous sommes un peuple de bâtisseurs, que nous sommes plus forts que ça. Je trouve ce symbole de reconstruction assez beau. Bien sûr, il y a un peu de tristesse et de colère aussi, parce que ça suffit, mais nous allons aller de l’avant.” Un état d’esprit qui semble être partagé par de nombreux professionnels. “J’ai déjà pas mal échangé avec de nombreux professionnels et ils semblent être dans la même démarche constructive, et ça c’est un moteur. Je vois beaucoup de solidarité aussi. Nous avons la chance de pouvoir proposer de belles alternatives, et c’est déjà ce que nous faisons, nous répondons à beaucoup de TO. C’est ce que nous allons devoir valoriser sur le long terme.”

Emilie Vignon – L’Echo touristique avec AFP