Depuis un an, Airbnb teste le blocage à 120 jours par an des locations au centre de Paris. L’impact est de toute évidence significatif.

Depuis un an, Airbnb limite automatiquement la location saisonnière de logements entiers à 120 jours par an dans quatre arrondissements (1er, 2e, 3e, 4e) pour les résidences principales. Le spécialiste de la location d’hébergements entre particuliers a fait ses comptes : 60% des propriétaires qui avaient dépassé le seuil des 120 jours en 2017 se sont depuis désinscrits, en date du 1er septembre 2018. « Cette mesure, nous l’avons adoptée notamment pour en mesurer l’impact », a expliqué Emmanuel Marill, directeur général d’Airbnb France, lors des récentes Assises nationales de la location de vacances. Un test mené délibérément dans des arrondissements où existaient de « vraies tensions entre les habitants et les voyageurs », a-t-il précisé. « Si un certain nombre de personnes se désinscrivent pour d’autres raisons que les 120 jours », suite à un déménagement par exemple, « l’impact est réel et bon, a poursuivi Emmanuel Marill. Des agences immobilières ont vu revenir des appartements à la location longue durée ou à la vente. »

Un test pour l’ensemble du marché

Cette tendance intéressera toutes les plates-formes puisqu’elles ont pris l’engagement de bloquer à 120 jours par an la location des résidences principales, d’ici fin 2018.

Aujourd’hui, Airbnb estime que la clarification de la réglementation avec la loi Elan, synonyme de sanctuarisation des 120 jours et de sanctions pour les contrevenants, représente une avancée. Et avec la généralisation de ce plafonnement, son DG ne craint pas comme effet collatéral une stagnation ou une baisse du marché de la location saisonnière. « Même au niveau de Paris, le fait de bloquer certains (propriétaires, Ndlr) a un effet de réabsorption sur les autres. Des personnes qui louaient moins vont récupérer la demande. De plus, le fait de rassurer les Français sur la légalité va inciter des propriétaires à mettre leur logement sur des plates-formes. L’offre continuera à se développer très fortement, même dans des zones urbaines. »

La question des 120 jours

« Tous ces débats, depuis deux ans, ont amené les gens qui trichaient à se poser des questions, et à se dire ‘je vais peut-être rentrer dans les clous’, a ajouté Pacôme Rupin, député de Paris lors des Assises. Ce qui a permis de calmer le jeu », soit de pacifier les relations entre les loueurs et les riverains. « La plupart des propriétaires veulent respecter la réglementation, a pour sa part tenu à préciser Pierre Hautus, directeur de l’Union Nationale des Propriétaires Immobiliers (UNPI). Les investisseurs ne veulent pas faire la location sous le manteau, à l’ancienne. »

De l’avis du député et des plates-formes Airbnb et HomeAway, la loi Elan adoptée le 16 octobre crée un cadre « équilibré » pour la location saisonnière. Mais Pacôme Rupin ne cache pas qu’il aurait apprécié un aménagement de la durée en fonction des villes et de la tension sur le logement. « Il faut faire confiance aux maires qui sont les plus proches du terrain, pour qu’ils puissent prendre part à la réglementation saisonnière. » Le député serait plutôt favorable à une fourchette comprise entre 60 à 120 jours.

« C’est très bien de réglementer, a de son côté observé Pierre Hautus. Attention, il ne faut pas de sur-réglementation », pour ne pas glisser vers un cadre trop complexe comme celui de la location longue durée.

Linda Lainé- L’Echo touristique