LE CERCLE/TRIBUNE – Le salon du tourisme s’ouvre jeudi 15 mars à Paris. C’est un secteur économiquement important en France, mais il n’a pas de haute école. Il est temps d’y remédier.
Jean-Louis Cabrespines / membre du Conseil économique social et environnemental ; Regis Wargnier / membre du Conseil économique social et environnemental
A l’heure du Salon mondial du tourisme, rappelons que ce secteur représente pour la France un vecteur d’emplois et de richesses (7 % du PIB), avec des mutations considérables. Le nombre des touristes internationaux accueillis dans notre pays (83 millions en 2016) a presque triplé depuis les années quatre-vingt et la transformation numérique modifie l’exercice des divers segments du tourisme, ce qui nécessite de former les acteurs du secteur à l’utilisation de cet outil. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) y a consacré l’avis Tourisme et numérique, dans lequel il appelle notamment à créer une haute école du tourisme.
Existe-t-il en effet une véritable université du tourisme où il est traité de tous les domaines y afférant ? Il existe, bien sûr, dans des centres de formation, des unités qui délivrent des diplômes sur des aspects de l’activité touristique, mais il n’y a pas un lieu qui les rassemble tous.

Pour une école pluridisciplinaire

Le tourisme est un point de rencontre de thèmes, d’événements, de métiers, où viennent se faufiler des moments de la vie des gens, en écho à leurs envies. Il concerne un grand nombre de domaines : agences, offices de tourisme, transports, hébergement, restauration, activités de loisirs, les sites, musées et demeures qu’on visite, les festivals de musique, théâtre et cinéma, les productions des terroirs…

On pourrait, dans cette école, étudier l’évolution du tourisme, sa sociologie, sa psychologie, avec au bout une autre manière de raconter le monde.

Un tout foisonnant, au sein duquel chacun, au-delà de bases communes, peut trouver son sujet de prédilection.

Pour le CESE, cette haute école française devra abriter des départements d’études sur l’hôtellerie (les écoles les plus réputées aujourd’hui sont en Suisse et aux Etats-Unis), la restauration, les transports, les langues étrangères, l’histoire des pays européens, la gestion d’entreprise, les festivals et musées dans le monde entier, les sports et leurs lieux de pratique, et proposerait des formations continues sur l’évolution du numérique.

Une école ouverte sur le monde

Il faudrait inclure dans les fondements d’une telle école l’extension européenne, avec des campus associés dans les pays qui sont nos partenaires majeurs, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume Uni, ainsi que la Belgique et les Pays-Bas, d’où viennent nombre des touristes visitant notre pays. Les étudiants partiraient pour des séjours d’études dans l’un ou plusieurs de ces pays frontaliers selon les langues choisies, et l’école française recevrait des élèves des pays partenaires. Cette école serait publique afin qu’elle soit accessible à toutes et tous.

Le CESE appelle aussi à intégrer la formation à l’utilisation du numérique pour les professionnels (salariés et employeurs) et les entreprises du tourisme dans un plan national de formation comportant deux volets : l’optimisation de l’utilisation de l’outil numérique pour tous et toutes ; une formation spécifique à l’utilisation des outils informatiques dédiés aux métiers du tourisme.

Jean-Louis Cabrespines et Régis Wargnier sont rapporteurs du projet d’avis Tourisme et numérique au Conseil économique social et environnemental

Les Echos-13 mars 2018